Crise de la pomme de terre : « Un million de tonnes excédentaires, soyons raisonnables », alerte la filière

Notez cet article !

Un million de tonnes de pommes de terre de trop. Rien que ce chiffre donne un peu le vertige. Derrière, il y a des champs pleins, des hangars remplis, des producteurs inquiets. Et pourtant, dans les rayons, vous ne voyez pas vraiment les prix s’effondrer. Alors, que se passe-t-il vraiment dans cette crise de la pomme de terre et en quoi cela vous concerne-t-il, vous consommateur ou citoyen ?

Pourquoi parle-t-on d’une crise de la pomme de terre ?

En France, la filière a produit plus de 8 millions de tonnes de pommes de terre cette saison. L’équilibre normal se situe autour de 7 millions. Résultat : environ 1 million de tonnes excédentaires. Un million de tonnes qui cherchent preneur, parfois en urgence.

L’exemple le plus frappant vient de la Picardie. Les producteurs des Hauts-de-France, surtout dans la Somme, l’Aisne et l’Oise, ont sorti près de 2,6 millions de tonnes pour la saison 2025-2026. Sur le papier, c’est une réussite agricole. Dans la réalité, c’est un casse-tête économique.

Les pommes de terre se vendent mal, parfois en dessous des coûts de production. Les stocks se remplissent, les nerfs lâchent un peu. Et l’alerte est claire : « Soyons raisonnables, ne produisons que des pommes de terre pour une destination certaine. »

Œufs : « Les tensions dans les rayons vont disparaitre d’ici juin » avec 375 millions d’œufs en plus attendus en 2026
Œufs : « Les tensions dans les rayons vont disparaitre d’ici juin » avec 375 millions d’œufs en plus attendus en 2026

Des boîtes d’œufs vides, des prix qui bougent d’une semaine à l’autre, des provenances parfois floues… Vous l’avez sûrement remarqué, le rayon œufs est sous tension. Pourtant, la filière promet un net apaisement d’ici juin, avec des millions d’œufs supplémentaires attendus dès 2026. Alors, que se passe-t-il exactement derrière ce... Lire la suite

226 votes· 3 commentaires·

D’où vient cette surproduction massive ?

Ce n’est pas juste une « grosse année ». C’est une conjonction de facteurs. Plusieurs éléments se sont empilés, comme des sacs de patates sur une palette.

  • Arrivée de nouveaux industriels dans la région, notamment pour la transformation (frites, fécule, produits surgelés).
  • Bonnes conditions agronomiques sur certaines zones : rendements élevés, peu de maladies.
  • Stratégie de sécurité de certains producteurs : planter plus pour compenser d’éventuelles pertes ou des prix incertains.
  • Marchés internationaux tendus : concurrence d’autres pays, accords commerciaux en discussion, comme le traité de libre-échange avec certains pays d’Amérique latine.

Chaque décision prise à l’échelle d’une exploitation semble logique. Mais une fois additionnées à l’échelle nationale, ces décisions créent un mur de pommes de terre que le marché ne sait plus absorber.

💬

Qui est vraiment en danger dans cette crise ?

La première ligne, ce sont les producteurs. Lorsque les prix s’effondrent, c’est souvent sur eux que retombe l’essentiel du choc. Surtout les plus petits, ou ceux qui ont investi récemment dans du matériel ou des bâtiments de stockage.

Ensuite, il y a tout le reste de la filière :

  • Les coopératives comme Noriap, qui organisent les ventes et doivent trouver des débouchés.
  • Les usines de transformation comme le site Roquette à Vecquemont, qui écrase 600 000 tonnes pour faire de la fécule et cherche à se diversifier.
  • Les industriels de la frite, parfois liés à des grandes chaînes de restauration comme Burger King, qui se fournissent dans les Hauts-de-France.

Si les prix restent tirés vers le bas trop longtemps, ce sont des emplois locaux, des ateliers, des usines qui finissent par être fragilisés. Une crise de la pomme de terre, ce n’est pas juste une histoire de champs. C’est une histoire de territoire.

Pourquoi les prix en magasin ne s’effondrent pas ?

Vous vous dites peut-être : « S’il y a trop de pommes de terre, pourquoi je ne les paie pas deux fois moins cher ? » La réponse tient en deux mots : négociations commerciales.

En ce moment même, la grande distribution et les industriels discutent des prix pour l’année. Et la filière le rappelle : il faut une juste rémunération à tous les stades. Autrement dit, ne pas casser les prix au point d’écraser les revenus des producteurs, des transformateurs, des transporteurs.

Le prix que vous voyez sur l’étiquette intègre aussi :

  • Les coûts d’énergie (stockage au froid, transport).
  • Les contraintes environnementales et sanitaires.
  • Les marges de chaque acteur, y compris des enseignes.

La tentation, pour certains distributeurs, est de profiter de la surproduction pour pousser les prix d’achat au plus bas. Mais à long terme, cela détruit la filière. Et sans filière solide, un jour, vous ne trouvez plus de pommes de terre locales du tout. C’est ce point d’équilibre qui se joue actuellement.

« Soyons raisonnables » : que veut dire produire moins, mais mieux ?

L’appel du président de la filière est clair : arrêter de produire « pour voir ». La clé, c’est la destination certaine. Cela signifie quoi, concrètement ?

  • Planter des volumes déjà contractualisés avec une usine, une coopérative, un client.
  • Mieux suivre les indicateurs de marché : stocks, exportations, consommation.
  • Adapter la surface cultivée, même si c’est difficile psychologiquement de « faire moins ».

Être raisonnable, ce n’est pas abandonner la production. C’est accepter de réduire un peu aujourd’hui pour ne pas tout perdre demain. C’est une forme d’assurance collective.

Rappel d’urgence chez Intermarché, Auchan, Leclerc et d’autres enseignes pour ces boîtes de choucroute altérées
Rappel d’urgence chez Intermarché, Auchan, Leclerc et d’autres enseignes pour ces boîtes de choucroute altérées

Vous venez d’ouvrir votre placard et vous tombez sur une boîte de choucroute en conserve… et là, un doute. Est-ce que c’est celle qui fait l’objet d’un rappel national en ce moment ? Vous avez raison de vous poser la question. Mieux vaut vérifier maintenant que le découvrir après le... Lire la suite

192 votes· 37 commentaires·

Que peut faire la filière à court terme pour absorber l’excédent ?

Un million de tonnes de trop, cela ne disparaît pas en claquant des doigts. Mais plusieurs pistes existent pour limiter la casse.

  • Transformer davantage : surgelés, flocons, fécule, produits prêts à l’emploi.
  • Chercher des marchés export complémentaires, là où c’est possible sans brader les prix.
  • Orienter une partie vers la méthanisation ou l’alimentation animale, même si la valeur est plus faible.
  • Promouvoir la consommation nationale avec des campagnes simples : cuisiner plus souvent des pommes de terre, redécouvrir certaines recettes.

Rien de tout cela ne suffira seul. Mais ensemble, ces actions peuvent éviter que trop de volumes finissent purement et simplement gaspillés.

Et vous, que pouvez-vous faire concrètement ?

Vous n’allez pas sauver la filière à vous seul. Mais votre assiette a plus de pouvoir que vous ne le pensez. En période de surproduction, consommer plus de pommes de terre françaises, c’est un geste simple et très concret.

  • Privilégier les origines locales ou françaises sur les étiquettes.
  • Varier les types de recettes pour en manger plus souvent sans se lasser.
  • Tester des variétés différentes : chair ferme, chair farineuse, spécial four, spécial frites.

Pour vous aider à agir tout de suite, voici deux idées de recettes simples, économiques et adaptées à cette période de crise.

Recette 1 : gratin de pommes de terre anti-gaspillage

Idéal pour utiliser un gros sac acheté en promo. Facile, réconfortant, et parfait pour le soir.

Ingrédients pour 4 personnes

  • 1,2 kg de pommes de terre (plutôt chair ferme ou polyvalente)
  • 2 gousses d’ail
  • 40 cl de crème liquide entière ou légère
  • 20 cl de lait
  • 120 g de fromage râpé (emmental, comté ou mélange)
  • 20 g de beurre pour le plat
  • Sel, poivre, noix de muscade (facultatif)

Préparation

  • Préchauffer le four à 180 °C.
  • Éplucher les pommes de terre et les couper en fines rondelles, de 2 à 3 mm si possible.
  • Frotter un plat à gratin avec une gousse d’ail coupée en deux, puis le beurrer.
  • Disposer une première couche de pommes de terre, saler, poivrer, râper un peu de muscade.
  • Recommencer en couches jusqu’en haut du plat.
  • Mélanger crème et lait, ajouter la deuxième gousse d’ail écrasée, puis verser le tout sur les pommes de terre.
  • Parsemer de fromage râpé.
  • Cuire environ 1 h. Les pommes de terre doivent être fondantes et le dessus bien doré.

Vous pouvez garder ce gratin 2 jours au réfrigérateur, bien couvert. Il se réchauffe très bien, c’est donc une bonne façon d’écouler un gros volume sans gaspiller.

Recette 2 : pommes de terre rôties au four façon « frites du dimanche »

Une alternative plus légère aux frites classiques. Croquant dehors, fondant dedans. Parfait pour accompagner une viande, un poisson ou juste une salade.

Ingrédients pour 4 personnes

  • 1,2 kg de pommes de terre (variété spécial four ou classique)
  • 4 c. à soupe d’huile (tournesol, colza ou olive)
  • 1 c. à café de sel fin
  • 1 c. à café de paprika doux ou fumé
  • 1 c. à café d’herbes de Provence ou de thym séché
  • Poivre

Préparation

  • Préchauffer le four à 200 °C.
  • Laver les pommes de terre. Vous pouvez garder la peau si elle est propre et fine.
  • Couper en quartiers ou en grosses frites épaisses.
  • Dans un grand saladier, mélanger l’huile, le sel, le paprika, les herbes et le poivre.
  • Ajouter les pommes de terre coupées et bien mélanger pour les enrober.
  • Étaler sur une plaque recouverte de papier cuisson. Les morceaux ne doivent pas se chevaucher.
  • Cuire 35 à 45 minutes en remuant une ou deux fois. Les pommes de terre doivent être dorées et croustillantes.

Avec une simple sauce yaourt-citron ou un peu de fromage blanc aux herbes, vous obtenez un plat très économique, basé sur un produit en surproduction, donc utile à la filière.

Vers une « réponse collective » : à quoi peut ressembler l’avenir ?

La filière le sait, cette crise ne se réglera pas juste avec une bonne saison suivante. Elle appelle à une réponse collective. Cela veut dire :

  • Des accords plus clairs entre producteurs, industriels et distributeurs.
  • Une meilleure planification des volumes pour éviter les montagnes russes.
  • Une réflexion sur la valeur ajoutée locale : transformation, circuits courts, contrats avec la restauration.
  • Un appui des pouvoirs publics sur les dossiers sensibles, comme les traités de libre-échange.

La bonne nouvelle, c’est que la pomme de terre reste un pilier de l’alimentation française. Elle nourrit, elle réchauffe, elle rassemble. Mais pour qu’elle continue à le faire sans ruiner ceux qui la produisent, il faut accepter de regarder les chiffres en face et de changer quelques habitudes.

En choisissant des pommes de terre françaises, en cuisinant un peu plus souvent ce produit simple et nourrissant, vous faites partie de la solution. C’est modeste, mais à l’échelle d’un territoire entier, cela compte vraiment.

Marine Garnier
Marine Garnier

Je suis cheffe et journaliste culinaire spécialisée en gastronomie française et cuisines de voyage. Diplômée de l’Institut Paul Bocuse et passée par plusieurs bistrots parisiens contemporains ainsi que par une maison étoilée à Lyon, j’ai développé une expertise sur les produits de saison et l’art du repas convivial à la maison. J’ai aussi collaboré avec des maisons d’édition pour des livres de recettes et des chroniques d’actualités gourmandes. Sur Chez Violeta Paris, je partage mes expériences de table, mes adresses et mes conseils pratiques pour aider chacun à cuisiner avec confiance et curiosité.

Articles: 0

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *